10 November 2008
L'Edito de novembre : De la crise financière à la crise économique
La crise financière qui obnubile les marchés depuis un an aura occulté une crise économique majeure.
La crise financière a fini par se répandre dans toutes les économies. Les premiers touchés ont été les établissements bancaires occidentaux, qui ont payé un lourd tribut. Au mois d’octobre, la panique s’est propagée, conséquence probable de la faillite de Lehman Brothers, et s’est mise à menacer de nombreux pays.
L’Islande, la Hongrie, l’Ukraine ont dû se résoudre à faire appel au FMI. Les devises de nombreux pays d’Asie et d’Amérique Latine sont attaquées. Enfin, la baisse des Bourses aura été vertigineuse avec des désordres inconnus jusqu’à présent dans les marchés.
Les causes sont clairement identifiées : de nombreux acteurs du marché doivent liquider leurs positions, en premier lieu les fonds spéculatifs (hedge funds) qui subissent des retraits massifs de la part des investisseurs.
Tous les pays ont réagi vigoureusement à cette crise par des plans de soutien bancaires et une baisse des taux généralisée et coordonnée (à l’exception de quelques pays dont les devises sont attaquées).
Début novembre les taux directeurs sont à 0,30 % au Japon, 1 % aux Etats-Unis, 3,25 % en zone Euro. Cette baisse des taux devrait se poursuivre, en particulier en Europe où l’on peut supposer que les taux directeurs vont rapidement baisser en deçà de 3 % et s’approcher de leurs records historiques l’année prochaine (2 %).
Les autorités de marché ont probablement réagi avec retard à l’implosion du système, mais les mesures actuelles sont sans précédent. Elles devraient normalement permettre de juguler la crise financière l’année prochaine.
Une crise économique qui ne fait que commencerEn admettant que cette crise financière se résorbe, les marchés financiers ne sont néanmoins pas au bout de leurs peines.
Les Etats n’ont pas encore fini d’éponger les pertes financières qu’ils vont devoir s’attaquer simultanément à un très fort ralentissement économique. Dans les pays développés, le chômage remonte, la valeur des actifs financiers ou immobiliers a baissé de manière vertigineuse, les capacités d’emprunt sont limitées. L’Europe a subi de plein fouet la hausse de sa devise pendant trois ans, la hausse du coût des matières premières et une politique de taux qui a dû être restrictive du fait de l’inflation importée. Elle en paie le prix aujourd’hui avec un commerce extérieur qui se dégrade. La situation des Etats-Unis est sans doute pire. Les Américains sont contraints de réduire fortement leur consommation au moment où la remontée du dollar risque de pénaliser les exportations. On peut craindre que tous les moteurs de croissance ne s’éteignent simultanément, précipitant le pays dans sa plus forte récession depuis 25 ans.
Des marchés qui l’anticipent largementComme nous le signalons depuis plusieurs mois, nous continuons à recommander de la prudence dans les investissements. Néanmoins, les niveaux de marchés sont bas (et pour cause !!), et sont probablement attractifs sur le long terme. Malgré une situation économique qui s’assombrit, les éléments de valorisation restent déterminants pour tout investisseur de long terme. Il convient également de garder à l’esprit que les marchés actions ont pour habitude de rebondir plusieurs mois avant une reprise économique. Les plus courageux peuvent commencer à réinvestir par étape.
Mais il convient de le faire très progressivement.
Par Philippe Mimran
Adjoint au Directeur de la gestion en charge de l'allocation d'actifs
Achevé de rédiger le 3 novembre 2008